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Romans (Drôme) / Le 11 novembre 1918 à Romans et à Bourg-de-Péage

 Romans (Drôme)

 11 novembre 1918, première guerre mondiale, armistice   En cette année 2013, les Français commémorent le 95è anniversaire la signature de l'Armistice du 11 novembre 1918 qui mit un terme à la Première Guerre mondiale.

   A Romans, comme partout dans le pays, la fin de la guerre c'est d'abord la fin des combats, la fin de cette insupportable attente qui précède l'annonce de la mort d'un père, d'un frère, d'un fils. Déjà, 758 avis officiels de décès endeuillent les familles des deux cités ; sans oublier d'innombrables jeunes hommes blessés ou gazés ! A ces douleurs morales s'ajoutent les difficultés quotidiennes.

  Les contraintes et les priorités de la guerre ont progressivement désorganisé la vie économique civile. En cet automne 1918, les Romanais et les Péageois souffrent de restrictions multiples : charbon (pour le chauffage et la cuisine), pétrole ( pour l'éclairage), le gaz est souvent coupé, auxquelles s'ajoutent la suppression des pâtisseries fraîches, l'interdiction de consommer de la viande le jeudi et le vendredi. La ration journalière de pain, qui est l'aliment essentiel, est de 400 g, une carte de rationnement est distribuée car on craint une certaine pénurie de blé.

   Ces conditions de vie favorisent la diffusion de la grippe espagnole qui n'épargne pas nos villes. Combien de décès  résultent de cette épidémie ? Nul ne le sait exactement, le corbillard ne suffit plus à conduire les morts au cimetière ! Chaque matin, des commerçants arrosent la chaussée avec de grands seaux d'eau de Javel !

    La rentrée scolaire de septembre est reportée à la fin décembre. Ces difficultés concernent essentiellement les ouvriers. Leur départ pour le front est aussi une perte de salaire pour leur famille, l'augmentation des prix rogne leur pouvoir d'achat. A Romans, 6000 travailleurs dont 3400 femmes et enfants peinent 60 h par semaine dans les tanneries, les usines de chaussures et de galoches alors que l'enrichissement de certains patrons est manifeste, fournisseurs de l'état et de l'armée pour beaucoup, certains sont devenus profiteurs de guerre : 1917 est une année de grèves.

    La révolution bolchevique d'Octobre, en Russie, stimule les espoirs des mouvements révolutionnaires. La crise sociale se poursuit en 1918. A Romans, éclate, à la fin du printemps, la grève générale des ouvriers et ouvrières des cuirs et peaux, dirigée par le syndicat reconstitué. A son origine, se trouve la revendication d'une indemnité de vie chère. Des pourparlers engagés avec le « consortium des patrons » n'avancent pas  :  5000 ouvriers quittent leur travail. Des mots d'ordre politiques s'ajoutent aux revendications : le capitalisme et la poursuite de la guerre sont mis en cause ; l'exemple de la Révolution bolchévique est exalté. « A bas les profiteurs de la Guerre ! La cupidité de ces messieurs égale celle des affameurs de la Chaussure ! Il y a assez longtemps qu'ils tirent dans le dos du peuple car ils savent qu'ils ne sont pas en Russie car, en Russie, les usines appartiennent aux ouvriers ! » peut-on lire sur une affiche. La réaction du maire et de l'autorité militaire est énergique, mais le 15 juillet les ouvriers obtiennent néanmoins satisfaction.

    Un tel contexte, empreint d'inquiétude, de tensions et d'impatience, favorise les rumeurs. Romans n'y échappe pas. Le 7 novembre 1918, sur le front, les hostilités sont arrêtées quelques heures pour laisser passer les plénipotentiaires allemands qui se rendent à Rethondes. A Romans, l'information est mal interprétée, Jules Vernissat, premier adjoint ( le maire Ernest Gailly est mobilisé ! ) annonce la fin des hostilités; le tambour municipal annonce la nouvelle. Les fenêtres s'ouvrent, les drapeaux sont déployés. Côte des Cordeliers, une foule compacte avance lentement. Les Romanais doivent rapidement déchanter : leur euphorie est un peu prématurée !

    Le 11 novembre, à 11 h 30, la mairie reçoit enfin un télégramme de la préfecture avec ses simples mots : « Armistice signé avec l'Allemagne ». Ce document officiel est aussitôt publié au son du tambour, puis Jacquemart carillonne « en l'honneur de nos vaillants soldats, de leur chef, du maréchal Foch et de Georges Clémenceau, le Père de la Victoire » . C'est ainsi que la victoire est présentée par l'hebdomadaire Le Bonhomme Jacquemart. 

   Chaque année, nous devons associer à notre souvenir la mémoire de toutes ces familles, de tous ces Français de l'arrière, dont les sacrifices, et les efforts quotidiens, contribuèrent aussi à la victoire finale.

Laurent Jacquot, professeur d’histoire (lycée du Dauphiné)

Commentaires

  • Bonne semaine à vous avec beaucoup d'inspiration et de chaleur humaine ! Pascal.

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