Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

archéothanatologie

  • La cité de la musique, les ossements et la science

    cité de la musique, ossements

    Romans-sur-Isère

       Dans une note précédente, nous nous sommes étonnés de l’empressement avec lequel les élus romanais ont fait transférer dans la fosse commune les ossements découverts fortuitement sur le chantier de la cité de la musique, site de l’ancien hôpital de Romans depuis le milieu du XVIIè siècle et de son cimetière.(Au fait, des photos de ces ossements ont-elles été réalisées ?)

       Nous avons également signalé que l’étude de ces ossements aurait pu nous permettre de mieux connaître les patients accueillis dans cet hôpital et les causes de leurs décès, en complément des registres mortuaires dont nous disposons. Cette nouvelle approche de l’étude des ossements humains a donné naissance à une nouvelle discipline, « l’archéothanatologie » dont le spécialiste est Henri Duday, directeur de recherche au CNRS (Bordeaux I).

        Une discipline à laquelle la presse scientifique s’intéresse particulièrement ce mois-ci, en effet, le numéro 363 de la revue L’Histoire, qui vient de sortir, a interrogé Henri Duday sur l’archeothanatologie. En voici quelques passages qui appuient notre réflexion.

    -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

       « Que nous apprennent les morts ? » c’est à cette question que les archéologues comme Henri Duday, pionnier de la discipline, tentent de répondre. « Le squelette est une fantastique machine à enregistrer les événements de la vie d’un individu : il nous livre toute une série d’informations sur les pathologies dont il a souffert, sa robustesse, son âge, etc...  L’étude des sépultures récentes, médiévales ou modernes permet d’établir des référentiels utiles à l’analyse des périodes plus anciennes. Nous pouvons repérer à l‘œil nu sur un squelette les anomalies évidentes ou banales, les traumatismes ou les handicaps.

        Mais l’archéologue cherche surtout à comprendre à travers les caractéristiques d’un dépôt funéraire les intentions de ceux qui ont pratiqué l’inhumation. Lorsqu’on se trouve en présence d’un ensemble funéraire contenant les restes de plusieurs individus, la question se pose de savoir si tous ces corps ont été enterrés simultanément ou s’ils l’ont été sur la durée. Si vous montrez qu’ils l’ont été tous dans un bref laps de temps, c’est sans doute à la suite d’une crise brutale de mortalité : épidémie, famille. Il s’agit alors de savoir de quoi ces personnes sont mortes et de déterminer la réaction de ceux qui les ont inhumées. Ont-il essayé de garantir un traitement funéraire conforme à leurs tradition ou ont-ils agi dans la précipitation ?

         La localisation des tombes est aussi essentielle : il est exceptionnel que les individus soient enterrés au hasard. C’est ce que révèlent les analyses biologiques qui attestent du niveau social et du niveau sanitaire des défunts : lorsqu’on analyse les squelettes, on peu apprendre beaucoup sur l’alimentation d’un individu, son état sanitaire, ses éventuelles carences, etc .. Les progrès de la science notamment de la biochimie moléculaire permette d’identifier l’ADN du germe en cause dans la mort d‘un groupe humain. C’est grâce à eux que l’on a su identifier pour la première fois le bacille de la peste dans un chantier sur un site du début du XVIIIè siècle. A été étudiée une tombe collective constituée près d’une infirmerie en mai 1590 suite à une épidémie de peste à Lambesc. L’analyse d’un échantillon ostéologique de 133 individus a offert une occasion unique d’appréhender les adaptations des traitements funéraires habituels sous la contrainte, l’organisation et la gestion des morts dans ce contexte culturel d’urgence. En pleine épidémie de peste, on prend encore le temps de s’occuper un peu des morts […] ».

    -----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------